Archives mensuelles : juillet 2011

La Halde est morte. Vive le Défenseur des Droits !

En mars de cette année, la loi instaurant le Défenseur des droits a été définitivement adoptée par le Parlement.  Cette autorité rassemble les activités de plusieurs autorités qui se fondent maintenant au sein du Défenseur des Droits : le Médiateur de la République, le Défenseur des enfants,  la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) et la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE). Dominique Baudis a été nommé à la tête de cet organisme le 22 juin 2011.

De nombreuses personnes sont plutôt heureuses de voir la Halde disparaître, même si ses compétences sont reprises par le Défenseur des Droits. On a attaqué le Halde en disant qu’elle gaspillait l’argent public en ayant un loyer trop important et en dépensant trop d’argent sur la publicité. On a dit aussi qu’elle était trop agressive et se mettait trop du côté des victimes supposées.

Louis Schweitzer, le premier Président de la Halde, a réfuté ces accusations et je suis plutôt de son avis. En ce qui concerne le loyer, cela a été décidé avant la création de la Halde qui avait un bail de 9 ans qu’elle ne pouvait pas dénoncer. Quant à l’argent dépensé sur la publicité, comment peut-on faire connaître un organisme sans dépenser d’argent sur la publicité ? Toute la communication de la Halde a été faite afin que les citoyens français sachent qu’ils pouvaient faire appel à la Halde en cas de discrimination. Je pense que ces actions ont été une réussite.

En 2005, la Halde a reçu 1 410 réclamations. En 2010, elle a reçu 12 467 réclamations. Cela ne veut pas dire qu’il y a eu plus de discriminations en 2011 qu’en 2005, mais que les victimes de discrimination ont fait davantage appel à la Halde qu’au début. Et pourquoi ? Car ils ont appris  qu’un organisme existe pour les aider. Et ceci est largement dû aux campagnes de communication menées par la Halde. Pour citer son dernier rapport annuel : « La notoriété de la Halde mesurée auprès d’un échantillon représentatif de la population française est ainsi passée de 16 % en décembre 2005 à 54 % en décembre 2009. » Cette même enquête a mesuré aussi la perception de la Halde et son utilité : « 83 % des personnes interrogées estiment utile son action et 93 % jugent importante la lutte contre les discriminations. »

Et est-ce que la Halde a trop été du côté des victimes de discrimination ? A ce sujet, il est intéressant de reprendre les paroles de Louis Schweitzer qui défendait la position plutôt offensive de la Halde. J’ai eu la chance d’écouter Louis Schweitzer à plusieurs reprises, et il faisait remarquer qu’au début de son mandat il avait une position moins offensive en se disant qu’il avait un mandat de 5 ans et qu’il voulait qu’à la fin de son mandat les choses aient évolué. Il ajoutait que c’est en écoutant les victimes de discrimination qu’il avait changé d’orientation. En effet, celles-ci lui disaient qu’elles avaient besoin d’un emploi ou d’un logement tout de suite, non pas dans 5 ans.  Je pense qu’il avait raison. Et comme Louis Schweitzer  dit lui-même : « On s’appelle autorité de lutte, et nous luttons ».

S’il y a une critique à formuler à mon avis, ce serait la connaissance des actions de la Halde auprès du « grand public ». Lors des formations que j’anime sur la diversité, je parle toujours de la Halde en demandant si les gens la connaissent et si oui, que signifie le sigle. En effet, j’ai pu voir évoluer sa notoriété au fil des années. En revanche, j’ai pu constater que peu de gens connaissent le sens exact du sigle. La partie « haute autorité de lutte contre les discriminations » en général ne pose pas de problème. Le « E » en revanche laisse souvent les participants sans voix. Le mot qui revient le plus souvent est exclusion. Peu de gens savent que le « E » est pour « égalité ». A qui la faute ? Les campagnes de communication de la Halde reprenaient les deux volets de ses actions, comme en témoignent les deux affiches en bas de page. Je pense que c’est davantage une conséquence de la culture française qui réagit souvent plus face à un bâton que face à une carotte. Mais ce n’est que mon avis…

La Halde est donc morte. On peut espérer qu’un jour le Défenseur des Droits soit mort lui-aussi car les discriminations auront disparu. Mais je ne pense pas que ce soit pour demain. Malheureusement. En attendant, souhaitons bonne chance au Défenseur des Droits. Qu’il soit aussi efficace que la Halde.

Pete Stone

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