Bannir le mot valide

Hanploi, en partenariat avec l’Agence Entreprises et Handicap, l’AFMD (l’Association Française des Managers de la Diversité) et Sciences Po, organisait le 18 novembre une conférence-débat dans les locaux de Sciences Po. Le thème : Les managers, moteurs de la Responsabilité Sociale des Entreprises, sur la question du handicap. Nous avions la chance d’entendre une intervention de Marie-Anne Montchamp, nommée récemment Secrétaire d’Etat auprès du Ministre des Solidarités et de la Cohésion Sociale et Richard Descoings, Directeur de Sciences Po.

Lors de cet événement, j’ai eu le grand plaisir d’animer deux tables rondes sur « Handicap et RSE » et « L’entreprise et le Handicap : être Manager aujourd’hui ». En tant qu’animateur, mon rôle était de faire intervenir divers experts sur le sujet et non pas de donner mon propre avis. Mais j’ai profité de l’occasion de dire quelques mots sur un sujet qui m’interpelle depuis toujours : l’utilisation du mot « valide » pour décrire une personne qui n’a pas de handicap.

Nous savons tous que l’utilisation de l’image du fauteuil roulant pour représenter les personnes handicapées a largement contribué à l’idée reçue qu’une personne handicapée souffre forcément d’un handicap physique et plutôt lourd. D’où des interventions que j’entends souvent lors des formations que j’anime sur la diversité et le handicap du genre : « Notre activité n’est pas exerçable par des Travailleurs Handicapés » ou « Un Travailleur Handicapé ne peut pas effectuer l’ensemble des tâches d’un poste ». On entend aussi « Notre immeuble n’est pas accessible pour les personnes handicapées » car il n’y a pas de rampe d’accès. On commence donc à utiliser d’autres pictogrammes pour représenter le handicap afin que les gens ne réduisent pas le handicap au seul handicap moteur. Vous pouvez trouver les différents pictogrammes utilisés aujourd’hui sur le site de l’AGEFIPH.

Or, ce qui est intéressant à mes yeux, c’est que personne ne semble se préoccuper du mot « valide » pour désigner les personnes qui n’ont pas un handicap alors que ce mot véhicule autant d’images négatives que l’utilisation du fauteuil roulant. Juste avant les tables rondes je suis allé sur Internet pour voir comment était défini le mot « valide » et j’ai trouvé « qui ne souffre d’aucun handicap ». Jusque là tout va bien. Aucune connotation négative, une simple description. Et puis j’ai regardé les synonymes et j’ai trouvé « sain », « valable » et « vivant » et je me suis dit « Je suis handicapé*, et pourtant je suis vivant. De ça je suis certain ! Je pense aussi être sain et valable. » Et j’ai dit cela à Sciences Po devant les 300 personnes rassemblées pour l’après-midi. Le but évidemment était d’introduire un peu de légèreté et d’humour qui manquent souvent quand on parle de handicap. Mais il y avait un fond très sérieux derrière mes propos.

Si le contraire d’une personne handicapée est une personne valide, cela veut dire qu’une personne handicapée n’est pas valide. D’où encore une fois toute une série de représentations négatives de la personne handicapée. Et pourtant l’expression « personne valide » est utilisée partout et même de manière officielle. J’ai donc dit et je redis : Nous devons bannir le mot valide. Le contraire d’une personne handicapée devrait être une personne non-handicapée en s’inspirant de la terminologie utilisée par Barack Obama le soir de son élection quand il a parlé des gens « disabled et non-disabled ».

J’ai continué à réfléchir sur le sujet depuis la semaine dernière et j’ai voulu aller un peu plus loin. J’avais trouvé les synonymes de valide sur Internet, mais je me suis dit que ce serait intéressant d’avoir une source plus officielle. J’ai commencé avec Le Littré et on y trouve « sain, vigoureux ». Pareil donc que sur Internet. J’ai aussi regardé dans le Dictionnaire Robert en 9 volumes, qui est, pour moi, la référence de la langue française. Et là, c’est encore plus fort ! On trouve la définition suivante : « qui est en bonne santé, capable de travail ». Extraordinaire ! Dans ce cas, toutes les missions handicap en France peuvent arrêter leur travail tout de suite. Car leur objectif est de promouvoir l’intégration dans les entreprises et des organismes publics des personnes handicapées. Mais si une personne handicapée n’est pas valide, elle n’est pas non plus « capable de travailler ». L’autre possibilité est de bannir le mot « valide », de travailler sur nos stéréotypes et de faire en sorte qu’on brise cette association entre « personnes valides » et « personnes handicapées ».

* Pour les gens qui ne me connaissent pas, mon bras droit est paralysé suite à un accident de scooter à 16 ans. Là aussi on est confronté à un stéréotype très répandu. La plupart des gens supposent que je suis handicapé de naissance. Ce n’est pas mon cas et les chiffres montrent que 85% des handicaps surviennent à l’âge adulte.

Les managers, moteurs de la Responsabilité Sociale des Entreprises, sur la question du handicap
Les managers, moteurs de la Responsabilité Sociale des Entreprises, sur la question du handicap
Les managers, moteurs de la Responsabilité Sociale des Entreprises, sur la question du handicap
Les managers, moteurs de la Responsabilité Sociale des Entreprises, sur la question du handicap

Pour lire davantage sur cet après-midi, consultez le site de Hanploi

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4 réflexions au sujet de « Bannir le mot valide »

  1. Arretez de vous baser sur des mots, pour sortir des theories qui ne valent pas grand choses, se battre pour des handicapés ok c’est bien mais faites le bien, de ce que j’ai vecu les handicapés sont des personnes fortes qui on besoin de vivre comme les autres le fait de dire « le contraire d’une personne handicapée est une personne valide » c’est dire aussi que le contraire d’une personne valide est une personne handicapée, et donc dire qu’une personne handicapée ne sera jamais l’egal d’une personne valide.

    arretez de croire que les gens sont idiots, je travaille actuellement dans une société qui emplois beaucoup d’handicapés, malgré le peu d’aide aux handicapés qu’il y a dans ma société, par contre ces handicapés ( et croyez moi ce ne sont pas des entorses qu’ils ont) malgré ce peu d’aide viennnent travailler tout les jours et ( d’apres moi) pour un salaire qui est risible par rapport a d’autre salarié.

    j’ai beaucoup de respect pour eux et je me dis qu’il y a beaucoup d’injustice en france mais non pas parce qu’il sont sous estimé mais par ce que d’autre « sur-évalué » ne devrait pas l’etre.

    en gros arretez de vous appitoyer sur le sort d’handicapés comme si ils etaient des « moins que rien » ca sera deja un bon debut, meme si ils sont handicapés il n’ont pas besoin que l’ont s’appitoient sur leurs sorts. Si il veulent reelement s’en sortir ils y arriveront d’eux memes ( comme beaucoup d’autres minorités)

  2. Bonjour,
    Tout d’abord, je voudrais vous remercier d’avoir pris le temps de mettre en commentaire et vous prie d’excuser le retard de ma réponse.
    Je pense qu’on est d’accord sur le fond et je suis entièrement d’accord sur les répercussions de l’utilisation du mot valide et l’opposition entre personnes valides et personnes handicapées. C’est précisément cela que j’ai essayé de faire passer dans cet article.
    En revanche, je ne comprends pas vraiment pourquoi vous dîtes que je devrais arrêter de m’apitoyer sur le sort des personnes handicapées. Si c’est l’impression que je donne dans l’article, j’en suis navré car ce n’est pas du tout mon but. Je ne me suis jamais apitoyé sur le sort des personnes handicapées. Je le ferais d’autant moins que je suis handicapé moi-même et personne qui me connaît dirait que je m’apitoie sur mon sort, loin de là. Néanmoins, je ne pense pas que ce soit toujours aussi facile que cela pour une personne handicapée de s’en sortir d’elle-même. Je ne dis pas que ce n’est pas possible. Bien sûr qu’il y a beaucoup de personnes handicapées qui s’en sortent seules et très bien. Mais il y en a aussi beaucoup qui ont du mal, notamment à cause du regard des autres sur elles. C’est là où j’essaie d’apporter ma pierre à l’édifice en m’efforçant de lutter contre de nombreux stéréotypes concernant les personnes handicapées et qui représentent de véritables freins à ce qu’elles aient la place qu’elles méritent au sein de la société.
    Au plaisir d’en discuter davantage avec vous.
    Bonnes fêtes!

  3. Cher Blegoff,

    Pour avoir connu Pete pendant ma scolarité à la Rouen Business School, je peux vous confirmer qu’il est loin de s’appitoyer sur son sort et celui des personnes handicapée.

    Bien au contraire, il s’est toujours attaché à nous montrer par l’exemple que nous avons beaucoup à échanger avec eux, à commencer par un regard franc.

    Dear Pete,

    Je te rejoins sur le fond de ta reflexion, et le concept de non handicapé me plait beacoup.
    Toutefois je me pose la question suivante : l’instauration d’un nouveau vocabulaire pour désigner nos différences (qui sont autant de chances comme le dit la chanson) ne correspondrait elle pas à une véhélité générale de politiquement correct visant à ne blesser personne ?

    Je me pose évidemment cette question sans aucune référence à de quelconque capacité physique, croyance religieuse ou politique, sexe, orientation sexuelle, origine géographique et ou ethnique :o)

    btw : Bonne année à tous

  4. Merci Gilles-Arthur
    Ca me fait plaisir de lire tes commentaires ici et je te remercie.
    Je comprends parfaitement ce que tu dis et de manière générale je suis d’accord. Je ne suis pas pour le politiquement correct et j’aime qu’on appelle un chat un chat. C’est pour cette raison que je n’ai jamais eu peur du mot handicapé. Je suis handicapé. C’est un fait. Il n’y a pas de mal à ça.
    En revanche, je lutte et je lutterai toujours contre les stéréotypes négatifs associés à ce mot et qui sont pour la plupart complètement erronés et viennent de l’ignorance du sujet. Je ne condamne pas pour autant cette ignorance même si je pense qu’il faut la combattre. Elle vient du fait que la plupart des gens n’ont jamais été confrontés au handicap, ou ne se rendent pas qu’ils y ont été confrontés. Il faut donc sensibiliser les gens. Mon combat contre le mot valide s’inscrit dans ce cadre. L’utilisation de ce mot contribue à mon avis à l’image négative du handicap et des personnes handicapées et ce serait donc bien d’utiliser un mot qui ne véhicule pas ces images négatives.
    Au plaisir de se revoir.
    Pete

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