8 mars : Les femmes ont-elles besoin d’une journée?

Le billet d’humeur qui suit à été écrit par mon collègue Patrick Scharnitzky de Valeurs et Développement. N’hésitez pas à laisser vos commentaires.

Le 8 mars est la « journée internationale de lutte pour les droits des femmes » et non pas la « journée de LA femme » comme les médias nous la présentent. C’est un détail lexical, mais qui résume assez bien la banalisation de cette journée qui est devenue au fil du temps un moment de « bonne conscientisation » sociale. Mais LA femme n’est pas un objet social comme LE SIDA ou LE tabac. LES femmes constituent un groupe social avec toutes ses complexités, ses hétérogénéités et ses différences. Parler de LA femme revient donc à stigmatiser les femmes et à « officialiser » leur infériorité prétendue en leur réservant une journée (sur 365). Alors faut-il l’abolir ?
Dans le même temps, c’est un moment utile de réflexion pour tous et de visibilité pour les associations de défense des droits des femmes. C’est aussi une occasion unique de focaliser l’attention des médias, des politiques et de l’opinion publique sur les inégalités et les injustices dont elles sont l’objet. En ce qui nous concerne, c’est une occasion de sensibiliser les acteurs professionnels à la question de l’égalité des chances. Alors faut-il la maintenir ?
Peu importe ! Ce débat est intellectuellement flatteur mais totalement stérile.
Il est en revanche urgent et nécessaire de changer radicalement l’angle d’attaque sur la question. Nous avons une approche qui repose sur 5 principes :
1. Les femmes et les hommes ne viennent pas de deux planètes différentes. C’est un leurre médiatique qui fait vendre mais qui ruine les dynamiques d’équipe ;
2. Les différences entre les femmes et les hommes sont construites par l’environnement culturel et n’ont quasiment rien de génétique. Il est donc possible de faire évoluer les unes et les autres sur les envies et les compétences dans l’entreprise ;
3. Même si elles existent, ces différences ne justifient jamais un rapport de force légitime. Il est donc inutile de se demander qui est le meilleur mais plutôt comment utiliser chacun en fonction de ses particularités ;
4. Les conflits entre femmes et hommes ne mettent pas en scène de méchants agresseurs et de gentilles victimes. L’incompétence n’a pas plus de sexe qu’elle n’a d’âge ou de nationalité. Les stéréotypes sont co-construits, toujours partagés et souvent internalisés par les femmes elles-mêmes qui peuvent se manifester par de l’autocensure (voir l’étude IMS « stéréotype et genre » dont nous avons la responsabilité scientifique).
5. Il est donc nécessaire de réfléchir à la question de l’égalité de traitement dans un modèle de co-action entre femmes et hommes. Ensemble.
Alors profitons du 8 mars pour penser sans stigmatiser et pour avancer sur la question des droits DES femmes sans tomber dans le piège de la célébration de LA femme. Ne lui envoyez donc pas des fleurs…

Le 8 mars est la « journée internationale de lutte pour les droits des femmes » et non pas la « journée de LA femme » comme les médias nous la présentent. C’est un détail lexical, mais qui résume assez bien la banalisation de cette journée qui est devenue au fil du temps un moment de « bonne conscientisation » sociale. Mais LA femme n’est pas un objet social comme LE SIDA ou LE tabac. LES femmes constituent un groupe social avec toutes ses complexités, ses hétérogénéités et ses différences. Parler de LA femme revient donc à stigmatiser les femmes et à « officialiser » leur infériorité prétendue en leur réservant une journée (sur 365). Alors faut-il l’abolir ?

Dans le même temps, c’est un moment utile de réflexion pour tous et de visibilité pour les associations de défense des droits des femmes. C’est aussi une occasion unique de focaliser l’attention des médias, des politiques et de l’opinion publique sur les inégalités et les injustices dont elles sont l’objet. En ce qui nous concerne, c’est une occasion de sensibiliser les acteurs professionnels à la question de l’égalité des chances. Alors faut-il la maintenir ?

Peu importe ! Ce débat est intellectuellement flatteur mais totalement stérile.

Il est en revanche urgent et nécessaire de changer radicalement l’angle d’attaque sur la question. Nous avons une approche qui repose sur 5 principes :

  1. Les femmes et les hommes ne viennent pas de deux planètes différentes. C’est un leurre médiatique qui fait vendre mais qui ruine les dynamiques d’équipe ;
  2. Les différences entre les femmes et les hommes sont construites par l’environnement culturel et n’ont quasiment rien de génétique. Il est donc possible de faire évoluer les unes et les autres sur les envies et les compétences dans l’entreprise ;
  3. Même si elles existent, ces différences ne justifient jamais un rapport de force légitime. Il est donc inutile de se demander qui est le meilleur mais plutôt comment utiliser chacun en fonction de ses particularités ;
  4. Les conflits entre femmes et hommes ne mettent pas en scène de méchants agresseurs et de gentilles victimes. L’incompétence n’a pas plus de sexe qu’elle n’a d’âge ou de nationalité. Les stéréotypes sont co-construits, toujours partagés et souvent internalisés par les femmes elles-mêmes qui peuvent se manifester par de l’autocensure (voir l’étude IMS « stéréotype et genre » dont nous avons la responsabilité scientifique).
  5. Il est donc nécessaire de réfléchir à la question de l’égalité de traitement dans un modèle de co-action entre femmes et hommes. Ensemble.

Alors profitons du 8 mars pour penser sans stigmatiser et pour avancer sur la question des droits DES femmes sans tomber dans le piège de la célébration de LA femme. Ne lui envoyez donc pas des fleurs…

Patrick Scharnitzky, Valeurs et Développement.

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25 réflexions au sujet de « 8 mars : Les femmes ont-elles besoin d’une journée? »

  1. Merci Pete de nous faire partager ce billet. J’y agrée totalement. Pour la conclusion, j’aurais juste dis, ne leur offrez pas des fleurs que ce jour-là (sachons rester aimables – sourire), mais le sujet n’est sans doute pas assez léger pour ça.

  2. Je suis d’accord avec les deux commentaires! Christine, ce n’est pas trop léger et ça fait toujours plaisir de recevoir des fleurs, qu’on soit un homme ou une femme. Mais pas aujourd’hui!

  3. merci Pete de ce mail et de ce témoignage, j’agrée totalement avec tout ce qui est dit, même si le point 3 est un peu malheureux dans la façon dont il est exprimé, c’est le mot « utilisé » qui me gène!.ce n’est pas très positif ou valorisant pour l’être humain!
    j’adore les fleurs, alors pourquoi ne pas en avoir tout au long de l’année!

  4. Je suis d’accord Véronique sur les deux points. Je demanderai à Patrick comment il pourrait formuler cela autrement. Peut-être dire « tirer bénéfice de » mais je ne suis pas certain que ce soit plus heureux.

  5. Enfin un texte sur la journée des femmes qui n’en fait pas une espèce de fête des mères pour nullipares !

  6. Merci Pete, ce billet est tellement pertinent, et en tant que femme j’apprécie vraiment qu’il soit écrit par un homme !
    Il ne faut jamais se décourager, mais effectivement depuis le temps qu’il est question du droit des femmes, je ne vois pas, ne serait ce qu’en France, une amélioration de la situation des femmes. Pourquoi pas en effet supprimer cette journée mais comment élever véritablement le débat et comment engager des actions qui soient efficaces ?
    Sylvie

  7. Je comprends parfaitement ce billet d’humeur dont je partage les propos et idées énoncées. Néanmoins, cette journée a le mérite d’exister et de faire parler des inégalités qui persistent encore en 2012!
    Aussi imparfaits voire galvaudés parfois puissent être les messages passés autour de cette journée dans les médias, elle encourage néanmoins la réflexion au mieux, des roses dans le métro au pire…

  8. Merci Pete pour ce billet avec lequel je suis tout à fait d’accord.
    Dès ce matin autour de la machine à café les vannes pleuvent déjà sur la « journée de LA femme ».
    Mais une « journée internationale de lutte pour les droits DES femmes » est l’occasion pour se poser les bonnes questions sur les inégalités hommes/femmes. Il faudrait simplement ne pas se les poser une seule fois par an.

  9. Salut Mister Pete
    Il est beaucoup question de fleurs dans vos commentaires ! Pour ma part, je constate que, pour la journee des Droits de lHomme ( 10 decembre 2011 ) je n y ai pas eu Droit ( aux fleurs, reelles ou metaphoriques ) ! Discrimination ?

  10. Billet bien pensé. Je craignais qu’il ne s’agisse encore d’un énième et vain débat, même s’il est selon vous intellectuellement flatteur, sur le maintien de cette journée. Le rappel de l’intitulé exact de ce 8 mars est fort utile (dixit une journaliste!).

  11. Bonjour à tous et merci Pete,
    Je suis d’accord avec Eglantine, cette fameuse journée est bien imparfaite, mais elle a le mérite de faire parler de la question des inégalités persistantes. Trop souvent en France on a le tort de discrètement masquer les questions de discrimination, notamment en entreprise. Le fait d’attirer l’attention sur ces sujets, y compris, par une journée un peu « gadget », mais cependant très médiatique, est un moyen de provoquer le débat et, espérons le, la prise de conscience et l’action sur ces questions.

  12. Merci pour ce texte qui remet les choses dans leur contexte et nous permet de sortir de la caricature. Il n’y a rien a ajouter tout est dit.

  13. Bravo Patrick pour ce billet d’humeur, j’y adhère totalement.
    Puisque les fleurs font polémique, j’ajouterai un point écolo. Trouvez autre chose à offrir que des fleurs qui sont importées d’Afrique en masse, qui ruinent la biodiversité par un apport massif de pesticides, qui assèchent, polluent et séquestrent l’eau dont les populations locales ont terriblement besoin, qui tuent les travailleurs par manque de protection de ces pesticides et enfin qui exploitent des femmes et des hommes.

  14. Merci Pete (et Patrick) pour ce billet d’humeur… Tu connais mon avis sur la question… je ne me sens pas personnellement faire partie d’une minorite visible, mais le chemin est encore long … Alors soyons pragmatique, tous les moyens sont bons pour faire bouger les choses… Dans ton autres pays aussi, les journalistes parlent du « Women’s Day »… il y a donc toujours beaucoup de pedagogie a faire!
    Bonne journee a toutes et a tous quand meme :)!

  15. Quelles tristesse réductrice ces journées de fêtes artificielles dédiées à la musique, aux mères, aux pères, aux grand mères, à la Femme….Aveu de notre indifférence le reste de l’année ? Minable. Aveu que l’on soit obligé de nous forcer à s’intéresser? Vexant. Alors que l’on cotoie dans la vie des êtres exceptionnels, d’autres misérables et qu’on ne devrait même pas se poser la question: s’agissait-il d’une Femme, d’un Homme, d’un Etranger, d’un National…Qu’importe! Les eules valeurs et compétences devraient nous marquer. A quand la Journée de la « Fête de l’autre », quelqu’il soit ?

  16. J’appartiens à une espèce désormais en voie de disparition parce qu’elle cumule les cinq tares suivantes: homme, blanc, hétérosexuel, athée, anarchiste.
    Pourquoi n’y a-t-il jamais de débat sur ma « différence », de journée d’action qui me soit dédiée ?

  17. 100% d’accord avec les propos de Patrick Scharnitzky !

    Les compétences professionnelles, les capacités cognitives et les traits de personnalité n’ont pas de sexe ! Il n’y a aucune raison pour qu’un sexe domine et exploite l’autre; les notions de genre et les stéréotypes sont des constructions culturelles issus d’un modéle archaîque et le renforcent!
    Merci aux Hommes et aux femmes qui se battent pour les droit de la femme dans une perspective égaliste.
    Merci Pete ;o)!
    Noémie

  18. Merci Pete, de partager ce « billet d’humour » (je préfére l’appeler ainsi, aussi) avec nous.
    J’en suis certaine que ça fera avancer les choses, ou tout au moins la réflexion dans le bon sens, et récuperer ce retard que, l’humanité entière a cumulé.

  19. Eh oui!… Mes enfants (3 garcons…) m’ont dit ce matin : « c’est injuste, pourquoi n’y a t il pas de journee des enfants, pour avoir le droit de decider ce que l’on veut toute la journee?! »… Journee des femmes (1 jour); journee des hommes (364), journee pour soi, pour l’autre,… Journee ensemble, non? (-;

  20. Merci Pete pour cet article trés intéressant !
    Abolissons cette journée (Mais oui à la journée ensemble !!
    ) et réfléchissons (agissons) tous les jours. Utilisons notre complémentarité pour avancer, on a tellement de défis devant nous…
    Une pensée pour Simone…

  21. Merci pour ce billet, et surtout pour la précision sur l’intitulé exact de cette célébration qui n’est pas citée dans les médias (pas ceux que je parcours).

  22. merci pour cette remise à niveau de vocabulaire. Cette update me permet de donner de l’importance à cette journée 😉

    je me suis permise de piquer le lien et de le partager 😉

    Bonne journée et bon week !

  23. A la question « les femmes ont-elles besoin d’une journée ? », la réponse est non ! Et c’est pour cette raison que j’écris… le 10 mars.
    Un combat quotidien est nécessaire si nous voulons un jour voir les hommes et les femmes égales. J’entends certains et certaines réclamer un accord, au principe (relativement récent) que le masculin l’emporte sur le féminin.
    Le combat, contre qui ? Mais, le combat contre soi !
    N’oublions jamais que nous les femmes participons fortement à l’éducation des futurs mecs et sommes parfois empêtrées dans nos contradictions. Laquelle a délaissé son nom (certes le nom du père) pour prendre le nom de l’époux ? Laquelle a osé donner son nom à son enfant, offrir une poupée à son garçon et un garage à sa fille ? Laquelle n’a jamais dit à son homme, alors qu’il s’apprêtait à passer l’aspi, faire la vaisselle ou repasser : laisse, j’irai plus vite (voire ce sera mieux fait !)
    Bien sûr, grâce à nos prédécesseuses nous avons acquis des droits. Sachons les utiliser et veiller à leur pérennité. Rien n’est acquis.

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